 Né en 1980, le jeune Igor Tchetuev enregistre depuis trois ans pour le label Caromitis. Le présent album, enregistré en 2005, constitue en réalité le premier volume d’une future intégrale des Sonates de Beethoven, d’une haute qualité artistique de toute évidence. Le pianiste compose magnifiquement ses programmes. Le Beethoven farouche, rebelle, déterminé, et plein d’assurance, transparait nettement dans les trois Sonates ici proposées. D’une violence bruitiste, d’une âpreté implacable, les visions de Tchetuev étonnent bien souvent. Le pianiste tire de son grand piano Fazioli des couleurs d’une noirceur totale, aujourd’hui rare – écoutez seulement l’énoncé du thème de l’Andante con moto de la Sonate n°23, comme venant des entrailles de la terre. Il s’agit d’un Beethoven austère, sans concession, d’une maîtrise éblouissante, et souvent terrifiant par son refus absolu de tendresse. Le Finale de la Sonate n°26, ultra-virtuose, à n’en pas douter vraiment vivacissimamente, est un moment incroyable ! Dans le volume suivant, regroupant les Sonates n°8, 15 « Pastorale » et 24 « A Thérèse », que nous avouons préférer, Tchetuev exploite la part rêveuse, et non plus expérimentale du compositeur germanique. Son jeu, tout aussi personnel, s’y transforme d’ailleurs littéralement : plus doux, plus chatoyant… Tchetuev semble construire son intégrale comme autant d’études de caractère. Un disque passionnant ! (Pierre-Yves Lascar)

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